Élodie MoreauVIEW PROFILE →
Le luxe français en 2026 : entre reprise fragile, hausse des prix et valse des directeurs artistiques
Le secteur du luxe français cherche à renouer avec la croissance en 2026. Si LVMH et Kering montrent des signes de reprise, Hermès continue de surperformer, tandis que les stratégies de hausse des prix montrent leurs limites.
Le secteur du luxe, l'un des fleurons de l'économie française, traverse une période charnière en 2026. Après plusieurs années difficiles, les grandes maisons cherchent à renouer avec la croissance. Les résultats du premier semestre offrent un tableau contrasté, où certains acteurs se redressent doucement tandis que d'autres continuent de briller.
LVMH et Kering amorcent un rebond
Le début de l'année avait pourtant été compliqué pour les deux géants tricolores. Au premier trimestre 2026, le chiffre d'affaires de la division mode et accessoires avait reculé de 2 pour cent chez LVMH et de 3 pour cent chez son rival Kering. Ces chiffres traduisaient la persistance des difficultés dans le secteur du luxe.
La suite s'est toutefois révélée plus encourageante. Sur l'ensemble du premier semestre 2026, LVMH est parvenu à renouer avec une croissance, certes modeste, de 1 pour cent. Ce retour dans le vert, après une longue traversée du désert, a été perçu comme un signal positif par les observateurs du marché financier.
Le cas de Kering est encore plus symbolique. Le groupe a enregistré son premier trimestre de croissance positive depuis trois ans, avec une hausse de 2 pour cent. Cette bonne nouvelle a été immédiatement saluée en Bourse, où l'action du groupe a bondi de 10 pour cent sur la place de Paris.
Hermès, l'exception qui confirme la règle

Au milieu de ces difficultés, une maison se distingue très nettement. Hermès poursuit sa trajectoire de croissance sans faiblir. Après une hausse de 6 pour cent au premier trimestre, la maison a accéléré au deuxième trimestre avec une progression de 6,7 pour cent, démontrant une résilience bien supérieure à celle des grands conglomérats.
La force d'Hermès repose en grande partie sur son savoir-faire. Sa division de la maroquinerie a progressé de 10 pour cent au deuxième trimestre et représente désormais environ la moitié de son chiffre d'affaires. Contrairement à ses concurrents, la maison valorise le collectif de ses artisans plutôt qu'une seule figure créative unique.
Gucci sur la voie du redressement
Chez Kering, le redressement de Gucci constitue un enjeu majeur. La marque phare a vu ses ventes reculer de seulement 2 pour cent au premier semestre 2026. Cela représente une nette amélioration, après une chute de 8 pour cent au premier trimestre et un plongeon de 19 pour cent sur l'ensemble de l'année 2025.
Ce mieux coïncide avec l'arrivée d'une nouvelle direction créative. Le directeur artistique Demna a vu sa première collection arriver en boutique en juillet 2026. La marque, dont le directeur général est Luca de Meo, a réalisé ses meilleures performances sur le marché des États-Unis, un signe plutôt encourageant pour l'avenir.
La stratégie des prix atteint ses limites
Face aux difficultés, les maisons ont longtemps misé sur une forte hausse des prix. Le phénomène a été particulièrement marqué chez des marques comme Dior et Chanel, qui ne vendent plus, en France, de modèles en dessous de 1500 euros. Certains prix ont même doublé en cinq ans depuis la période de la pandémie de Covid.
Cette stratégie, censée renforcer le sentiment de valeur des produits, semble toutefois montrer ses limites. Perçue négativement par une partie de la clientèle, la hausse des prix paraît désormais marquer une pause. Selon les analystes, les tarifs tendent actuellement à se stabiliser après cette longue période d'inflation soutenue.
Une valse des directeurs artistiques
L'année 2025 avait par ailleurs été marquée par un impressionnant jeu de chaises musicales à la tête des maisons. Une dizaine de grandes marques ont changé de directeur artistique, pour des raisons diverses allant du décès à la lassitude créative, en passant par l'épuisement de certains talents soumis à une pression intense et constante.
Ce mouvement s'inscrit dans une réflexion plus large sur les stratégies du secteur. Au-delà des changements créatifs, les groupes revoient aussi la composition de leurs portefeuilles. LVMH, qui rassemble au total 75 entreprises, a ainsi annoncé la vente de la marque Marc Jacobs en mai 2026, tandis que Kering pilote une douzaine de marques principales.
En définitive, le luxe français aborde l'année 2026 avec prudence et détermination. La reprise reste fragile et inégale selon les régions, portée notamment par les flux touristiques en Europe, alors que la Chine demeure un marché difficile. Le secteur semble chercher lentement un nouvel équilibre, plutôt que de s'élancer dans une nouvelle ère de forte croissance.






