Élodie MoreauVIEW PROFILE →
Sauver Gucci : le pari de Luca de Meo pour redresser le joyau de Kering
Chiffre d'affaires quasiment divisé par deux, plan « ReconKering » et arrivée de Demna : le nouveau patron de Kering, Luca de Meo, joue le redressement de Gucci, pilier historique du groupe de luxe.
Dans l'univers feutré du luxe français, peu de dossiers sont aussi scrutés que celui de Gucci. La maison italienne, joyau historique du groupe Kering, traverse une zone de turbulences profonde, et sa relance est devenue le défi majeur du nouveau patron du groupe, Luca de Meo.
Arrivé aux commandes en tant que premier dirigeant non familial de l'histoire de Kering, cet homme a été choisi pour une raison précise : son solide palmarès en matière de redressements d'entreprises réputés difficiles. Sa mission est claire, mais elle s'annonce ardue et de longue haleine.
Une chute vertigineuse à enrayer
Pour mesurer l'ampleur de la tâche, il suffit de regarder les chiffres. En 2022, Gucci affichait encore un chiffre d'affaires insolent de 10,5 milliards d'euros, incarnant la vache à lait incontestée du groupe. L'an dernier, ce montant était tombé à environ 6 milliards d'euros, une dégringolade brutale.
Cette quasi-division par deux des revenus en quelques années a fragilisé l'ensemble du groupe Kering, déjà lesté par une dette importante. Le redressement de la marque à la double lettre G est donc devenu une véritable question de survie stratégique pour le conglomérat français.
Un premier signal d'inflexion est toutefois apparu récemment. Au premier trimestre 2026, les ventes globales du groupe se sont enfin stabilisées à 3,56 milliards d'euros, laissant entrevoir une possible fin de l'hémorragie. Il ne s'agit encore que d'un frémissement, mais il était très attendu par les marchés.
Demna et une nouvelle équipe de direction

Au-delà des chiffres, la clé du renouveau se joue sur le plan créatif. La solution au redressement dépend en grande partie de Demna, le nouveau directeur artistique de la marque, dont chaque décision est désormais scrutée par l'ensemble de l'industrie de la mode et par les observateurs financiers.
Le créateur, connu pour son style radical et sa capacité à créer le buzz, a la lourde responsabilité de redéfinir l'identité de Gucci. L'enjeu est de retrouver un équilibre subtil entre la désirabilité et l'exclusivité, après une période où l'omniprésence des produits avait dilué la magie de la marque.
Pour l'épauler, la gouvernance a également été remaniée en profondeur. Francesca Bellettini, qui dirigeait jusqu'alors avec succès la maison Yves Saint Laurent, est devenue directrice générale de Gucci à l'automne, apportant son expertise reconnue du secteur au chevet de la marque.
Recentrage et choix stratégiques
Le plan de bataille de Luca de Meo, baptisé « ReconKering », a été dévoilé lors d'un Capital Markets Day organisé à Florence. Le dirigeant y a affiché une ambition forte : plus que doubler la marge du groupe à moyen terme, un objectif qui suppose des choix parfois douloureux.
Parmi les décisions marquantes, de Meo a notamment mis un coup d'arrêt au projet d'acquisition de la maison de mode italienne Valentino. Ce recentrage traduit une volonté de consolider l'existant et d'assainir les finances avant d'envisager toute nouvelle expansion coûteuse pour le groupe.
Dans la même logique de recentrage sur son cœur de métier, Kering a scellé en juillet 2026 un contrat de licence beauté de cinquante ans avec le géant L'Oréal. En confiant l'activité Gucci Beauty, le groupe entend se concentrer pleinement sur la mode et la maroquinerie, ses expertises fondamentales.
Le redressement de Gucci s'annonce donc comme une bataille longue et complexe, mêlant audace créative et rigueur financière. Si le pari de Luca de Meo réussit, il ne sauvera pas seulement une marque emblématique, mais consolidera durablement la place de Kering dans le paysage du luxe mondial.






